Quelque part dans le monde, dans une clairière, vivait un chardon nommé S. C’était un chardon qui pensait être heureux. Cependant il passait un temps non négligeable de sa vie à penser que l’herbe était plus verte à côté. Et puis pourquoi ne pas vivre dans une prairie, voire même un grand alpage plutôt que dans sa petite clairière. S ne savait pas toujours au fond s’il était si heureux que ça…
Dans cette prairie vivaient une foule de créatures, certaines attachantes d’autres effrayantes. Parmi les spécimens repoussants vivait une certaine L, une araignée. Le problème était que L n’avait rien d’exceptionnel, c’était une simple araignée, ni vraiment effrayante, ni vraiment époustouflante. L n’était pas heureuse mais cela n’avait rien à voir avec la clairière. Personne n’aime les araignées et même pas les habitants de la clairière, voilà ce que se répétait L bien trop souvent. L habitait sur un arbre au pied duquel depuis peu avait poussé un chardon. Ce chardon lui avait plu dès le premier regard sans qu’elle sache vraiment se l’expliquer. Mais L le savait quelque chose d’exceptionnel s’était déroulé quand elle l’avait aperçu pour la première fois. Toutefois, S n’avait témoigné à son égard aucun intérêt particulier, L aurait même juré qu’elle avait vu les pétales de S frissonner lorsqu’elle s’était approchée plus près afin de mieux le voir.
L restait donc à l’abri sur son arbre et passait de plus en plus de temps à regarder ce chardon qui lui plaisait temps en secret. L savait qu’elle ne devait pas s’attacher à ce chardon. Au fil du temps, combien avait-elle vu de chardons disparaîtrent au gré du vent. Ca se passait comme cela sans prévenir, le vent soufflait et le chardon partait vers d’autres contrées.
C’est d’ailleurs cela qu’attendait S. L le savait, il était toujours tourné vers l’horizon. Comme elle aurait aimé partir avec lui, s’envoler vers un avenir de bonheur. Elle sentait de plus en plus son cœur se serrer à l’idée qu’un jour comme tout le monde il allait disparaître.
S avait remarqué qu’une araignée du nom de L le regardait souvent. C’était une petite araignée sans véritable charisme mais qu’il trouvait attachante, touchante, seule sur son arbre. Malheureusement elle semblait souvent triste et S se demandait bien pourquoi. Pourquoi être triste dans la vie ? Lui ne comprenait même pas l’intérêt ! L, elle, ne comprenait même pas comment ne pas l’être. Si on ne peut garder les personnes qui nous sont chères, si nous sommes condamner à être séparés tôt ou tard, comment faire pour vivre en dehors de toutes angoisses ? Trop de monde manquait désormais à cette clairière pour qu’elle vive dans l’insouciance du bonheur. Il le fallait pourtant….
S, pris de compassion pour L se mis à l’observer à son tour, pour tenter de mieux la comprendre. L se rendait compte que S était à présent beaucoup plus souvent tourné vers son arbre que vers l’horizon. Elle n’osait penser que son attention lui revenait.
Mais au bout d’un certain temps elle ne pouvait nier que le chardon ne se tournait plus vers le soleil mais bien vers elle, il la regardait, il s’intéressait à elle ! Le cœur de L n’était plus qu’énorme fanfare remplie de tambours et de grosses caisses, elle était submergée d’un bonheur sans nom ! Pourtant ce bonheur n’était pas sans limite, ce chardon comme les autres avant lui allait s’envoler. Elle ne savait que faire, quoi penser. N’y tenant plus et voulant se dévoiler à son bien aimé chardon, L, non sans craintes, se décida à descendre de son arbre ! Comme la clairière était encore plus inquiétante pour elle vu d’ici. Elle n’avait su faire autrement que de se préserver des autres pour ne pas souffrir. Toutefois, maintenant qu’elle était au milieu de la vie, elle regrettait d’avoir tourné le dos à ce monde qui semblait merveilleux. Aurait-elle la chance de le découvrir avec S, qui lui se tournait toujours du côté de la vie ? Elle n’osait encore espérer et pourtant il ne restait plus que quelques dizaines de centimètres pour qu’elle puisse enfin se trouver aux côtés de S. Et ce qui devait arriver, arriva…
Ce qui se produisit ravis les habitants de la clairière, S et L, à la suite de cette rencontre et d’autres moments merveilleux aux nombreux yeux de L s’étaient épris d’amour. Comme L était heureuse, et inquiète aussi. Il paru clair dès leurs premières rencontres que S voulait s’envoler, aller voir les vastes champs du monde. Le temps passa et amoureux de L, il décida de rester mais son cœur ne pouvait mentir. L, pas toujours crédule, souffrait à l’idée de le perdre. S eu un jour une grande idée, il proposa à Limiée de tisser une toile très fine autour de ses pétales et comme cela il ne partirait pas, il ne s’envolerait pas. Quel bonheur ! L tissa la plus jolie toile qu’elle n’eu jamais faite. Cette tâche lui donna une fierté qu’elle n’avait jamais éprouvée jusqu’a alors. Elle participait à la construction de leur amour ! Elle pensait ainsi avoir choyé leur union.
Malheureusement, tragiquement même, elle venait en fait d’enlever à S l’amour qu’il avait pour elle. Elle ne s’en aperçu que trop tard. S s’était senti emprisonné dès les premiers jours suivants le tissage. Il aurait aimé partager le bonheur de L mais il ne le pouvait. Il voulait encore partir et s’envoler avec ce vent qui lui donnait tant envie d’évasion. S savait que L ne pourrait voler comme lui. Elle n’irait pas aussi vite et la vie d’un chardon était courte, il avait fait son choix… L ne pouvait pas ne pas le ressentir mais elle continuait à aimer S d’un amour débordant et il n’osait lui briser le cœur. Mais plus les jours passaient et plus un sentiment de tension montait. L se détestait de jouer un jeu qui ne ressemblait aucunement à celui de l’amour en refusant de voir la vérité et S aussi perdait patience de rester pour quelqu’un pour qui son estime diminuait tous les jours, son désir de départ étant omniprésent. Pour autant ils avaient encore leurs moments de bonheur et L ne savait plus que faire.
Un jour, après avoir réfléchie toute une nuit, L pensa enfin avoir trouvé comment prouver son amour à S. Ainsi, tout doucement, comme elle l’aurait fait si la vie de tous en avait dépendu, elle défie les liens de la toile qu’elle avait tissée quelques temps auparavant. Les liens tombaient au rythme des larmes de L... Toute forme d’espoir s’échappa de son cœur. Il lui sembla qu’un voile noir avait recouvert la clairière et son esprit pour toujours. Ensuite, elle remonta sur son arbre et de là-bas, elle ne regarda pas, mais elle su que S s’était envolé et qu’il vivrait heureux. Au fond c’est tout ce qu’elle avait toujours souhaité…









